« Moscou, soir du 6 janvier 1963. Il neige dans la pénombre. L’hôtel n’a rien pour lui, si ce n’est le chauffage et l’eau chaude. Dehors, les chiens tremblent de froid. J’ouvre mon bagage, pousse le bureau vers la fenêtre, y dépose la machine à écrire, me réchauffe les doigts. Je tape : Vie de Nâzım Hikmet. »
Un jeune écrivain amorce une biographie de Nâzım Hikmet, le plus célèbre des poètes turcs, chantre de l’amour et du communisme, afin d’en écorner le mythe. Au fil des rencontres avec l’homme déjà malade, il le questionne sur sa jeunesse dans une Istanbul percluse de nationalisme, sur ses années de prison et son exil soviétique.
De l’Empire ottoman à la guerre froide, Portrait du poète en salaud plonge le lecteur dans la vie aussi trépidante que tragique du grand poète tout en explorant ce temps lointain où les dictateurs se souciaient encore de la poésie.
Dans un premier roman dense et maîtrisé, Nicolas Élias nous offre un jeu de regards fascinant sur les errances intellectuelles de tout un siècle européen.
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Les Argonautes :
Les Argonautes Éditeur est une maison indépendante fondée en 2021, dédiée à la littérature européenne dans toute sa richesse, sa complexité et sa beauté. Convaincus que la traduction est un pont entre les cultures, nous publions des voix singulières et reconnues venues des quatre coins de l'Europe — des récits…
Ou comment intelligemment déconstruire le mythe Nazim Hikmet pour mieux en restituer la légende. Projet ambitieux et parfaitement réussi, dont la lecture a un côté un peu dérangeant. Loin de retracer chronologiquement la vie chaotique de ce poète internationalement reconnu, honni ou admiré, l’auteur s’attache à certains moments clés de ce parcours pour mettre en valeur ses contradictions et nombreuses trahisons. Il crée un personnage installé pour quelques semaines à Moscou, dont la mission est d’obtenir du poète en fin de vie des souvenirs et autres récits qui viendront étayer sa narration et le confronter à un dilemme encore aujourd’hui difficile à appréhender : peut-on et doit-on dissocier l’œuvre de l’homme ? Grand connaisseur de la littérature orientale, Nicolas Elias ne tranche pas. Et c’est tout l’intérêt de ce surprenant roman.