Entre nous autour d’un repas, entre nous autour d’un café. Entre nous autour des mots, des rires. Entre nous on raconte, on commente, on compare. Entre femmes, amies ou voisines, souvent en robe de chambre, le matin à l’heure du café partagé. Sobhiyé.
Beyrouth, années soixante-dix. Dans le quartier chrétien d’Achrafieh, la narratrice et ses amies, Hanane et Nayla, grandissent entre Orient et ouverture à l’Occident. En hissant leurs voix, elles se souviennent des épreuves fondatrices de l’enfance et des subtilités du monde des femmes, au cœur d’une société dominée par les hommes.
C’est dans l’intimité de la maison, des gestes et des rituels, que l’autrice nous entraîne pour dire la force de résistance de ces femmes, au quotidien d’abord, puis, plus tard, face à la guerre.
« Aujourd’hui encore, j’écoute, comme si ces voix ne s’étaient jamais tues. J’écoute, j’écris. »

Un véritable coup de cœur pour cette écriture poétique. Les chapitres tendent au tableau voire au caractère ; on suit des personnages (je me suis demandée à un moment donné si j'avais bien identifié tous les "je" mais peu importe). Derrière les voix, ce roman est celui des silences. Et ils éclatent avec puissance. Que ce soit ceux d'Aline ou ceux face à la tante battue, ou face au suicide caché, ou ceux du viol gardé en secret car on se sent coupable. J'ai lu avec une envie folle de recopier de nombreuses phrases.