Bienne, ville suisse bilingue (allemand/français), est le cadre de ce roman mystérieux et magique, où se joue dans toutes ses subtilités et parfois ses contradictions la transmission de la vie. Ou plutôt de plusieurs vies. Blanche, dame âgée, pose son regard sur la narratrice, dans un bus du vendredi en fin d’après-midi, après l’orage d’été. Les deux femmes sortent au même arrêt, entament la conversation, s’installent dans un bar au bord du lac. Elles vont y passer la soirée, et même la nuit. La narratrice subvient à ses besoins en travaillant dans une usine de précision, et veut se consacrer à l’écriture. Elle écoute Blanche, qui a décidé de se faire donner la mort, sur rendez-vous, pour se soustraire aux souffrances et à la dégradation de la maladie. Elle veut transmettre sa mémoire. Mais pas seulement la sienne. Plusieurs vies sont ainsi évoquées, à la suite ou tressées entre elles : on découvre Werner, Emiliano, Judith et quelques autres figures, pour ce qui finit par constituer aussi le portrait d’un siècle marqué par les guerres, les grands chantiers, les déplacements et migrations, mais qui raconte aussi des histoires d’amour, de vocations, de hasards et de nécessités. Des vies qui doivent être dites, pour ne pas être réduites aux simples données de la généalogie et de l’hérédité.
La maison d'édition :
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La narratrice de ce roman se sent attentivement observée par une inconnue dans le bus. Que lui veut-elle ? Elle l’oblige quasiment à descendre au même arrêt et l’entraîne dans une histoire mystérieuse qui se perpétue depuis des années, et dont chaque témoin se doit de relater au prochain que lui-même a choisi. Voilà donc que la narratrice se trouve à son tour à nous raconter cette belle histoire d’amour et de transmission, pour que les protagonistes ne tombent jamais dans l’oubli. J’ai été émue par ce roman si particulier, si bien écrit, aux personnages si attachants. Je ne suis pas près d’oublier Werner, Emiliano, Judith, Patrick, Blanche… Bravo à l’auteur de ce récit qui va droit au cœur.
L’originalité de ce texte réside dans la volonté de raconter plusieurs vies et trajectoires qui n’ont absolument rien en commun. Une femme qui a décidé de mourir confie en une nuit une longue histoire qui lui a été confiée, à une jeune femme qu’elle ne connait pas, afin que celle-ci transmette elle aussi la même histoire au moment qu’elle souhaitera à une autre personne de son choix, en prenant soin de l’actualiser. A travers tous ces parcours, l’autrice évoque avec brio la transmission, la mémoire, la maladie, le coma, la mort, l’amour et la confiance.
Un roman surprenant, une chaîne humaine pour penser la transmission et la mémoire. Une langue simple et pudique.
Fondé sur une belle idée de construction d'une chaine agrégative de transmission de mémoire s'étendant sur près d'un siècle et dans laquelle chaque maillon traversé ajoute sa propre histoire. La narration tisse subtilement ces chemins de vies avec des allers-retours de l'un à l'autre. En toile de fond, la chaine esquisse un tableau historique de la période traversée avec ses guerres, ses migrations, ses oppressions, son industrialisation. Il manque peut-être quelques scènes fortes pour ancrer plus durablement chacune de ces vies dans la mémoire du lecteur que je suis.
Résister à la tentation de raconter sa propre vie pour se tourner respectueusement vers celle d'autres... des vies singulières et des humains attachants sont évoqués dans ce roman à l'écriture fine et poétique. L'autrice nous livre aussi ses réflexions sur la création littéraire et sur le désir d'etre soi.
J’ai trouvé ce roman émouvant et doux, avec une écriture simple mais très belle. Tout commence dans un bus, quand la narratrice rencontre Blanche, qui lui confie une histoire qu’elle doit à son tour transmettre. Ce récit raconte plusieurs vies et époques, marquée par l’amour, la maladie, la guerre et la confiance. J’ai aimé cette façon originale de relier des destins différents à travers le temps. Les personnages, surtout Blanche, sont très touchants. Ce livre m’a fait réfléchir sur la fin de vie, la transmission et la valeur des rencontres humaines.
Ambra - Esprit livre, Turin ".....tu vais, j'ai toujours consideré que l'idée de laisser une trace, c'est un moteur qui fait qu'on continue a vivre, alors qu'on purrait à tout moment, décider d' arreter.." Cette phrase, à mon avis, pourrait résumer le sens du livre : transmettre oralement la vie de personnes qui, autrement, seraient complètement oubliées après leur mort, car, après tout, on ne meurt pas vraiment lorsqu’on laisse quelqu’un se souvenir de nous. Ce que raconte ce livre me semble être une tentative de vaincre la mort, puisque ces récits de vie transmis par des inconnus continuent de faire vivre ses protagonistes. Un livre que j’ai trouvé fascinant et que j’ai apprécié car, au final, la peur d’être oublié nous touche tous, même si nous ne l’admettons pas toujours.