Nafar (2019)

Chapuis Mathilde

Octobre, nuit noire. Un homme s’enfonce dans les bois, le coeur battant, le souffle court. Non loin, un fleuve gronde, attirant, dangereux. Côté turc, là où l’homme se cache, ce fleuve s’appelle Meriç ; sur l’autre rive, en Grèce, il se nomme Evros ; et plus loin, en Bulgarie, Maritza. Pour tous ceux qui veulent rejoindre clandestinement l’Europe, ce fleuve-frontière est le dernier obstacle avant la promesse d’une vie nouvelle. Car celui que l’on suit pas à pas dans cette traversée-épopée, son léger blouson de daim bleu pour seule cuirasse, est un nafar : un voyageur, en arabe classique, un sans droit, un migrant comme disent les médias. On ne connaîtra pas son nom, mais à travers le lien intime qui l’unit à la narratrice, son histoire se dessine par fragments : une jeunesse à Homs réprimée par la dictature, l’élan des printemps arabes, l’exil, les mois d’attente avant le « passage », les rêves de paysages calmes et blancs, de bibelots bien rangés dans une maison à soi, en Suède ou ailleurs.
Dans ce premier roman à l’écriture bouleversante d’émotion retenue, Mathilde Chapuis nous conduit au plus près des obsessions des exilés et de leurs proches.

  • - Année de publication : 2019
  • - Pages : 156
  • - Éditeur : Liana Levi
  • - Langue : Français

A propos de l'auteur :

Chapuis Mathilde :

Mathilde Chapuis est née à Belfort en 1987. Elle a étudié la littérature à Strasbourg puis à Naples. Entre 2012 et 2015, elle a sillonné la Grèce, la Turquie et le Liban, puis s’est installée à Istanbul où elle a travaillé à l’Institut français. Depuis 2016, elle vit à Bruxelles où elle a enseigné le français à des primo-arrivants. Nafar, son premier roman, se nourrit d’une précieuse proximité avec des exilés syriens rencontrés en Turquie.

Crédit photo : Dyod Photography/Opale/Editions Liana Lévi

La maison d'édition :

Liana Levi :

30 ans d’édition, un catalogue de près de 600 titres, plusieurs « long-sellers » et quelques « best »… Depuis sa création en 1982, la maison a su traverser les mutations de l’industrie du livre en gardant son indépendance et son cap  : publier peu pour porter loin chaque parution.

4|5
2 avis
3 Commentaires
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  • Dima
    24 octobre 2019

    Les migrants, on en parle, on les voit à la télé ou dans la rue, sur les routes... dans ce roman on vit aux côtés de ce syrien que la narratrice a rencontré et aimé à Istanbul . Des héros un peu perdus mais...

  • manolo
    20 décembre 2019

    Nafar ou comment survivre sans ETRE. Nous avons aimé lire Nafar, le premier roman de Mathilde Chapuis publié en 2019 aux éditions Liana Lévi. Mathilde Chapuis, née à Belfort, fait ses études de littérature à Strasbourg puis à Naples et voyage à travers le monde. Elle se rend en Grèce, en Turquie, au Liban et s’installe à Istanbul. C’est dans ce pays où elle va rencontrer et questionner beaucoup de migrants, qu’elle a l’idée d’écrire son livre, aujourd’hui applaudi par le public et la presse. Cette œuvre nous parle d’un homme à la veste bleue qui fuit son pays natal, la Syrie, pour échapper à la dictature de Bachar al-Assad. Il se réfugie à Istanbul, trouve du travail dans un café et essaie, inlassablement, de gagner, seul, la Grèce. Une mystérieuse narratrice, qui se révèle être la compagne du Nafar, un sans-droit, retrace ses périlleuses tentatives de traversées du Meriç, le fleuve-frontière qui sépare la Turquie de la Grèce. Elle témoigne de la peur de l’exilé, de son courage, de sa nostalgie mais aussi de son sourire qui ne le quitte jamais malgré les horreurs auxquelles il doit faire face. Elle l’observe et le laisse suivre son parcours. Parviendra-t-il à rejoindre l’Europe comme certains migrants ou périra-t-il comme beaucoup d’autres ? Le sujet traité est d’actualité et nous touche car il parle de survie et de mort. Le héros du roman, le nafar, a vu, par exemple, son meilleur ami Nizaar, se faire tuer par l’armée de Bachar al-Assad lors des soulèvements contre le régime dictatorial en Syrie. Dans le récit, on craint toujours le pire même dans un moment de soulagement. On a l’impression que la vie est toujours menacée. Cette impression est accentuée car la narratrice se dit être impuissante pour aider son petit ami, car elle est européenne et sait, contrairement à lui, ce qu’est être libre, être heureux, être en vie. Nous sommes encore plus émues lorsque le lecteur réalise que ce que vit le nafar est ce que vivent tous les exilés forcés. A la page 34 Mathilde Chapuis écrit : « tu es ces centaines de milliers ». L’homme à la veste bleue représente tous les Hommes qui sont contraints de fuir leur pays. C’est pour cela que l’auteure ne lui donne aucun nom. Nous comprenons aussi une terrible réalité: pour survivre, un exilé perd son nom, sa terre natale et sa langue (les deux personnages sont d’ailleurs obligés de créer un langage à eux pour essayer de communiquer). Le fait que l’auteure soit parvenue à nous faire ressentir, le temps du roman, toutes les émotions du nafar, nous a impressionnées. Nous avons eu peur et avons souffert comme le héros. Parce que les détails sont nombreux et précis, parce qu’il y a beaucoup de répétitions (comme celle des « fourmillements dans les jambes ») nous avons pu vivre la vie du personnage par procuration. Chaque membre de notre corps était douloureux puisque Mathilde Chapuis décrit le corps du nafar partie par partie : le ventre, les jambes, les bras, les pieds, la poitrine, le nez… Mais dans ce récit émouvant, dans la peine et la douleur, Mathilde Chapuis garde une part de poésie, garde toujours espoir et nous ressentons comme un apaisement: nous citerons un passage que nous avons particulièrement apprécié à la toute fin du roman : « l’animal recule. D’un pas puis de deux, il se détache de la rive. Sans se presser, sans te regarder, avec même une sorte d’indolence fatiguée, il se tourne vers le fond de la forêt. Et c’est comme si la magie de cette rencontre se diluait imperceptiblement, comme si la vie se livrait à nouveau sans attendre aux inquiétudes et aux épreuves à venir. Tu bredouilles quelque chose, tu lui dis de rester. Mais le cerf s’en va et grave dans tes yeux une dernière image : celle de deux longues pattes brunes, d’un arrière-train plus clair et d’une petite queue beige. L’extraordinaire tableau de l’animal au crépuscule disparait. Et le fleuve continue à gronder. » Puis, le nafar n’a pas d’identité ; il est le pronom « tu ». La narratrice, l’un des deux personnages de la fiction, affiche donc très vite une proximité avec le second personnage principal. Elle engage même une conversation avec lui, sans qu’il ne soit présent : p.36 elle lui dit : « Attention, les militaires ont l’ouïe fine !». Elle montre qu’elle est proche de lui non seulement parce qu’elle est sa petite amie, ce que l’on apprend que dans la seconde partie du roman, mais aussi parce que l’auteure aimerait, grâce à son personnage, protéger les migrants. Ecrire est également le moyen pour l’écrivain de faire un travail de mémoire pour que personne n’oublie ces tragédies et que l’on apprenne les raisons pour lesquelles les Hommes fuient et comment ils font pour fuir. Ainsi on suit pas à pas le parcours du nafar. On sait d’où il part, où il veut aller, ce qu’il doit endurer pour y parvenir. Nous avons alors compris le but de l’écriture et sommes satisfaites d’avoir enrichi notre connaissance sur le thème de l’immigration grâce au registre didactique très présent dans l’œuvre. S’ajoute à cela une facilité à lire le roman grâce à son organisation en deux parties avec des paragraphes dans chacune d’elle, au lexique accessible à tous lecteur à partir du collège, à une thématique étudiée en classe de 4ème et enfin grâce aux explications données en bas de page (les mots d’origine étrangère sont traduits, par exemple à la page 82 « KIRALIK » signifie « à louer ») Enfin, une certaine forme de suspense nous a tenues en haleine. Dans la première partie centrée sur le « tu », nous ne connaissons pas le lien qui unie le nafar à la narratrice. Ce point est éclairé dans la seconde partie centrée sur le « je ». Néanmoins dans cette organisation du texte, nous avons été perdues et parfois découragées car l’histoire ne suit pas un ordre chronologique. On se demande si l’auteure ne cherche pas à nous faire partager la perte de la notion du temps que ressent le nafar. En effet, à la page 30 on lit : «« après-demain », façon de parler. « Après-demain » pour dire « bientôt », pour dire « un jour, coûte que coûte » ». Il en est de même pour l’espace. Dans le récit on passe par exemple d’un pays à l’autre ou de la forêt à l’appartement des deux personnages. En conclusion, il est évident que nous aimerions connaitre ce qu’est devenu ce nafar et donc attendons impatiemment la suite de ce roman.

  • Patrizia
    10 janvier 2020

    Nafar, ce mot que je ne connaissais pas, en Arabe Saoudite sert à nommer les travailleurs d’Inde, mais il s’est répandu dans autres pays pour désigner les gens des régions pauvres qui vont chercher du travail dans les pays riches. Nafar, il part pour un voyage sans retour et sans savoir exactement où il pourra s’arrêter. Par ce roman, l’auteur a donné voix au gens qui n’ont ni souffle pour raconter ni désir de se souvenir. Lecture agréable et émouvante. Je l’ai bien apprécié Patrizia - Groupe esprit livre Turin