Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.”
Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l’enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.

Une enquête impossible à lâcher. Un livre nécessaire et une écriture maîtrisée, un coup de cœur
Un roman étrange. Sur la forme, l’autrice qui est la narratrice, nous offre un roman qui s’articule autour d’une narration, de lettres anciennes, et de transcriptions d’interviews. Tout ce corpus , n’est rien d’autre qu’une partie importante de son travail de recherche en doctorat au sein du laboratoire ( Sciences- Arts-Création - recherche) de l’université parisienne PSL. L’autrice nous le précisant elle même dans ce roman. Sur le fond, l’autrice, tel un devoir de mémoire, cherche à expliquer et comprendre pourquoi son arrière grand mère nommée Elisabeth, a été internée durant 17 ans au cours des années 1960 pour Schizophrénie et a subi une lobotomie. L’ensemble du roman n’est pas homogène, et peut construit. C’est à mon sens, et cela restera une compilation de travail et en aucun cas une bon roman.
Je suis déjà un peu lasse de cette nouvelle forme littéraire si en vogue qu'est la littérature du réel. Néanmoins, au fil des pages, la narratrice m'a embarquée avec elle dans son enquête et ses réflexions. Une belle lecture rendue agréable par une plume simple, pouvant être incisive.
J’ai beaucoup aimé ce roman. Il est très intéressant car il permet de mieux comprendre ce que vivaient les personnes atteintes de troubles mentaux à une époque où la médecine ne savait pas encore bien les soigner. À travers le personnage de Betsy, on découvre les conséquences tragiques de la lobotomie et la manière dont cette pratique pouvait détruire des vies et des familles. On s’attache rapidement au personnage de Betsy et à son histoire. Ce livre fait réfléchir sur la manière dont la société traitait les malades mentaux, tout particulièrement les femmes. C'est un très bon travail de mémoire.