À C…, minuscule bourg perché sur une colline, les habitants voient arriver l’extrême hiver avec appréhension. Dans quelques jours le village sera coupé du monde, mais c’est l’irruption d’un voyageur, de retour après trois décennies d’absence, qui suscite le plus d’inquiétude. Les voyageurs sont rares par ici et les places limitées – cette irruption ne peut être qu’un mauvais présage… Quand on découvre que l’homme a vécu à C… autrefois, le malaise s’amplifie. Pourquoi a-t-il choisi de revenir ? Car dans cette communauté où chacun se définit exclusivement par son Occupation et lutte chèrement pour la garder, toutes et tous – Serveuse, Fossoyeur, Potier, Passeur, Écrivain, etc. – savent ce que cette arrivée signifie. Une Destitution sera bientôt demandée et une place mise en jeu. Malheur au vaincu. Dans un futur aux allures médiévales, Claire Mathot signe un conte fascinant sur notre incapacité grandissante à voir et à penser l’autre et l’ailleurs, et sur l’irrésistible appel de la liberté. Quelque part entre Ursula K. Le Guin et Dino Buzzati, entre le mauvais rêve et la comptine, ce premier roman sculpté dans la légende d’un langage perdu s’impose comme un tour de force.

Un très bon livre de fiction. On est plongé dans un village au coutume particulière. Ici il n’y a pas de prénom, vous êtes défini par votre rôle et malheur si vous êtes défié. On suit l’histoire du point de vue de 3 personnages et il est assez agréable de voir de qu’elle manière l’arrivée de ce voyageur les impacts, mais aussi les différents points de vu des actions. C’est un livre que j’ai beaucoup aimé, il est original, prenant et plaisant à lire. Je recommande !
Un roman qui plonge dans un univers déconcertant. Je suis frustrée de ne pas avoir plus de prise sur cet univers, de ne pas avoir plus d'éléments pour le saisir dans sa temporalité. Le passé n'est plus. Il est si lointaine qu'on l'a oublié. L'ailleurs est si loin que l'on ne connaît pas...ou/et que l'on ne veut pas vraiment en parler. Il y a bien un début d'histoire d'amour qui donne un peu d'espoir et l'envie de tourner les pages pour découvrir l'idylle du Fossoyeur et de la Jeune Serveuse.
Beau livre fantastique ou alors que chaque habitant n'est défini que par son occupation l'autre qui vient d'ailleurs apporte une langue qui permet à l'humain d'être unique. A lire avec délectation
“L’Aventurier a haussé les épaules et nous a affirmé que les histoires ne doivent pas être prises trop au sérieux … qu’elles servent seulement à transformer le réel quand celui-ci nous paraît insupportable …” Peut-on imaginer une existence dans laquelle l’identité dépendrait entièrement et exclusivement de l’Occupation que l’on exerce? Que se passerait-il si notre prénom était lui aussi simplement remplacé par le nom de notre métier? Et si la seule manière d’appartenir à la société consistait à jouer son rôle sans jamais remettre en question le terrible mécanisme de la “Destitution”, cette lutte jusqu’à la mort destinée à préserver sa place dans l’ordre social? C’est autour de cette interrogation - “travailler pour vivre ou vivre pour travailler” - que s’articule le premier roman de Clara Mathot, La Saison du Silence, publié en 2025 par Acte Sud. La jeune autrice y met en scène une intrigue située à C…, un minuscule bourg à l’allure médiévale, dont même les citoyens ne connaissent pas le nom complet. Ce lieu est présenté hors du temps et d’espace, sans histoire ni certitude du futur, et, à certains moments, même le contact avec le reste du monde est empêché par l'«Isoloir». Dans cet univers clos, la survie sociale des personnages est constamment menacée: chacun vit dans la crainte d'être remplacé et expulsé de l’ordre établi. Au cœur de la narration se trouvent deux figures emblématiques: la Jeune Serveuse et le Fossoyeur. Les deux personnages commencent à réfléchir sur leur situation présente lorsqu’ils entreprennent de déchiffrer l’Ancien Langage, découvert dans les épigraphes du cimetière, ultime vestige d’un passé oublié où les individus possédaient encore un prénom. À travers leur rencontre avec l'Aventurier et l'Écrivain, ils découvrent progressivement qu’il existe des choses plus importantes que de garder sa propre Occupation: l’amour, la solidarité humaine, la curiosité intellectuelle et le désir de liberté. Ils incarnent les esprits raisonnables, une forme de lucidité critique, en quête de justice sociale et de vraies valeurs qui peuvent redonner sens à leur existence. Le processus de maturation morale qui traverse la narration conduit la Jeune Serveuse à formuler une question décisive: "Dans quel monde vivons-nous, enfin?”. Cette interrogation ouvre un horizon de doute pour le lecteur, qui est alors amené à se demander: comment se comportera-t-elle après cette prise de conscience? Dans un cadre typiquement dystopique, Clara Mathot compose un style à la fois descriptif, essentiel et épuré, qui reste pourtant toujours suggestif. Elle signe un roman puissant, qui suggère sans trop révéler, en invitant les lecteurs à participer activement à la construction du sens. À travers cette fiction, Mathot semble vouloir susciter une réflexion qui dépasse le simple cadre narratif: le lecteur est invité à s’interroger, non seulement en tant que lecteur, mais surtout en tant qu’être humain, sur les coûts moraux à appartenir à une société qui ne condamne pas l’homicide, mais au contraire le légitime comme instrument de régulation sociale, et le conséquent désir de rébellion et liberté qui peut naître seulement au dehors d’un tel ordre.