Yacob vit en tête à tête avec sa chienne dans une maison près d’une plaine poussiéreuse où l’on n’entend plus guère le bruit des animaux. Solitaire et taciturne, il fait des petits boulots, va saluer Deborah, la serveuse de l’Hacienda, et, la nuit avancée, se perd au Minnelli, un club gay au parfum de prohibition. Voilà dix ans, Yacob a rencontré David. Deux semaines plus tard, David s’est suicidé. Les années qui suivent sont hantées par ce drame. Alors, quand il découvre que David a été envoyé loin du bourg en thérapie de conversion peu avant sa disparition, il décide de venger ceux qui veulent vivre libres. Avec La Ballade des garçons poussière, Jean Ciantar livre un premier roman à l’américaine, ample, magnétique, profond. Extrait :
« Aimer un garçon est un combat. Que les coups portent ou qu’ils restent du domaine du divertissement, il fallait rouler dans la poussière au risque de déchirer ses vêtements, il fallait dominer ses adversaires et leur refuser la moindre trêve. C’était des bleus, des yeux au beurre noir, des morsures, des croûtes, c’était une mère obligée de raccommoder encore le même blouson, des lettres de la part du proviseur, des bras et des jambes plâtrés – pour ses adversaires surtout. Jusqu’au jour où le fils des voisins l’avait conduit derrière le silo à blé pour lui montrer un nouveau jeu. »
La maison d'édition :
Les avrils :
Une ligne éditoriale sélective mais toujours généreuse. Des fictions et des récits qui disent beaucoup de nous et de notre époque. Les Avrils, une collection de littérature contemporaine portée par Sandrine Thévenet et Lola Nicolle au sein du Groupe Delcourt et au côté de tou·te·s ceux·elles qui font la vie du livre.
Très beau texte dans lequel la description de la beauté des paysages pourrait disputer la première place à la poésie et la pudeur de l’écriture. L’auteur place son récit dans un espace-temps volontairement indéfini mais donne suffisamment d’indices pour que l’on comprenne très vite qu’il se déroule dans un pays ultra conservateur, religieux, homophobe et frontalier avec une région hispanophone !!! C’est une histoire d’amour, une très belle histoire d’amours. Yacob vit de petits boulots et de rencontres sans lendemain, définitivement meurtri par la mort à seize ans de son premier amour David, aculé au suicide par une famille intolérante qui l’avait contraint, comme beaucoup d’autres, à subir un séjour de redressement dans le Camp du dernier pardon de l’autre côté de la frontière. Dix ans après, ayant eu confirmation du maintien de cette institution prônant la guérison de toute déviance par la force, il n’a de cesse d’approcher ce camp pour en libérer les enfants.
Un très beau roman. Manifestement l’auteur, lui même homosexuel, se sert de ce roman comme d’un exutoire. C’est l’occasion pour lui, de se construire ce personnage qu’il n’est pas , et qu’il aurait voulu être. Le narratif du roman est pertinent. On suit avec passion le personnage principal, dans sa quête de vérité sur le suicide de son jeune ami, mais également dans sa vie quotidien au coeur des états sudistes américains et de la frontière mexicaine, dans une époque actuelle. Pour résumer ce livre, peut être la phrase de la page 73 « Aimer un garçon, c’est un combat ». L’auteur nous le prouve au sens propre et au sens figuré.
Un très beau texte, retraçant la vie d’un homme dont la jeunesse a été volée par une société conservatrice ayant poussé au suicide son amour de jeunesse. Un texte calme relatant la solitude, le voyage et la reconstruction d’un homme mis en marge par la société. Un récit prenant par la beauté des paysages décrits, mais aussi par la beauté des rencontres que le héros fait lors de son voyage.