Désorientale (2016)

Djavadi Négar

Tenir à distance sa culture, son pays natal, sa famille… c’est ainsi que Kimiâ Sadr vit l’exil. Elle a fui l’Iran à dix ans avec sa mère et ses sœurs pour rejoindre la France et son père. Pourtant, malgré elle, lors des heures passées à l’hôpital Cochin où elle attend l’issue d’un long protocole d’insémination artificielle, la jeune femme est rattrapée par ses souvenirs. Et par tous ceux qui en furent les acteurs. Dans un monologue joyeusement désordonné, Kimîa déroule toute l’histoire de la famille Sadr. On y croise trois générations d’ancêtres flamboyants: l’arrière-grand-père, le redoutable Montazemolmolk, régnant sur un harem de cinquante-deux épouses dans une province reculée de Perse; Nour, la fille préférée du Khan car elle possède les mêmes yeux bleus que lui; Darius, Le Téméraire, Le Tumultueux, le père de Kimiâ, éternel opposant aux régimes en place – celui du Shah, puis de Khomeiny; Sara, sa mère, d’origine arménienne, à la fois pasionaria et gardienne de la tradition; et aussi des oncles numérotés de 1 à 6 dont le Numéro 2, dépositaire de la mémoire familiale… Défilent aussi dans ce captivant diaporama les moments- clés de la vie politique iranienne des années 60 et 70. Pour s’éloigner de cet encombrant héritage (sur lequel plane la menace d’un Événement qu’elle a du mal à raconter) et découvrir qui elle est vraiment, Kimiâ rasera ses cheveux façon punk, quittera Paris pour Berlin, Londres ou Bruxelles, s’étourdira de rock and roll… jusqu’à accepter le chemin inattendu pris par sa vie amoureuse, son homosexualité et sa désorientalisation…Un peu de Virginie Despentes et de Shéhérazade se mêlent chez Kimiâ, l’héroïne de Négar Djavadi. Pour son premier roman, celle-ci emprunte aussi bien aux contes d’Orient qu’aux techniques cinématographiques pour faire se télescoper des temporalités et des lieux différents. Une fresque impétueuse, émouvante, passionnante.

Seules les premières pages de ce roman sont à découvrir, l’éditeur n’a pas souhaité nous le confier dans son intégralité

  • - Année de publication : 2016
  • - Pages : 384
  • - Éditeur : Liana Levi
  • - Langue : Français

A propos de l'auteur :

Djavadi Négar :

Négar Djavadinaît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels, opposants aux régimes du Shah puis de Khomeiny. Elle arrive en France à l’âge de onze ans, après avoir traversé les montagnes du Kurdistan à cheval avec sa mère et sa sœur. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille quelques années derrière la caméra. Elle est aujourd’hui scénariste, aussi bien de documentaires que de séries, et vit à Paris.

Crédit photo : Philippe Matsas

La maison d'édition :

Liana Levi :

30 ans d’édition, un catalogue de près de 600 titres, plusieurs « long-sellers » et quelques « best »… Depuis sa création en 1982, la maison a su traverser les mutations de l’industrie du livre en gardant son indépendance et son cap  : publier peu (un maximum de vingt nouveautés chaque année et une dizaine…

5|5
2 avis
2 Commentaires
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

  • Colette
    21 décembre 2016

    Une formidable saga sur 3 générations dans la tourmente de l’histoire de l’Iran qui passe du moyen âge à la modernité puis s’enfonce dans l’obscurantisme avec le pouvoir des mollahs. Un travail de mémoire plein d’humour sur la recherche de l’identité et la nécessité de se « dés orientaliser » pour survivre dans l’exil. Un regard lucide sur le rôle prégnant de l’Occident dans la politique Iranienne. Pas toujours évident à suivre mais passionnant de bout en bout avec le suspense de l’EVENEMENT....

  • tlivres
    22 mars 2017

    Une jeune femme se trouve à l'hôpital Cochin de Paris. Elle suit le protocole d'une insémination artificielle. Alors qu'elle est sur le point d'aborder une nouvelle période de sa vie, celui de la maternité, elle se remémore son enfance en Iran. C'est la fille d'intellectuels mobilisés contre le régime en place, Darius et Sara Sadr. Ils sont les auteurs d'une lettre de 224 pages adressée au Shah en 1976 dont les retombées médiatiques vont nourrir la rébellion. Chaque vendredi, la maison familiale devient le QG du mouvement jusqu'à celui de septembre 1978 qui va donner lieu à une intervention militaire. Commence alors une toute nouvelle vie pour les membres de cette famille sur lesquels l'exil et le déracinement laisseront une empreinte indélébile. Avec ce magnifique roman qui revêt un caractère historique, j'ai revu défiler toutes ces images télévisées de la révolution iranienne de 1979. Âgée alors seulement d'une dizaine d'années, je ne comprenais pas tout bien sûr. Et là, avec Négar DJAVADI, j'ai pu reconstituer le puzzle d'événements qui continuent de nous impacter encore aujourd'hui. N'y a-t-il pas si longtemps les Français étaient dans la rue pour défendre leur liberté d'expression. "Il faut casser les stylos !" est un slogan lancé au peuple par Khomeiny cette année-là ! C'est l'histoire d'un pays, d'une nation, à travers ces 50 dernières années qui est abordée. Ce qui m'intéresse dans ce type de roman, outre la grande Histoire bien sûr, c'est d'aborder une dimension plus humaine avec l'itinéraire d'individus qui pourraient nous ressembler. Avec cette saga familiale, Négar DJAVADI nous permet, le temps d'un roman, de partager le quotidien d'un couple de résistants, d'appréhender les traits de caractère de celle ou de celui qui va donner une priorité à l'intérêt général sur celui de ses proches. Alors même que Darius et Sara ont leur 3 enfants, qu'ils pourraient privilégier leur confort familial et attendre que d'autres se mobilisent, ils agissent. "Tu es consciente que je vais poser une bombe ?" lui dit-il avec un sourire tendre et complie. Sara hocha la tête, le coeur battant. Il se pencha et l'embrassa. Elle l'accompagna jusqu'à la porte, le regarda descendre les quelques marches qui menaient à la cour embellie par les couleurs de l'automne qu'elle aimait tant. Puis elle regagna la cuisine pour pouvoir le suivre des yeux à travers la fenêtre." P. 182 Négar DJAVADI brosse le portrait d'une femme déterminée, que rien ne saurait ébranler. Un sacré personnage ! "A cet instant, tandis qu'assise dans l'étroite cuisine, Sara Sadr, bientôt trente-sept ans, écoutait Darius Sadr, quarante-neuf ans, exposer les points qu'il comptait développer dans sa lettre, elle ne pensait pas une seule seconde à ses filles, douze, dix et cinq ans, endormies dans les chambres au fond du couloir." P. 180 La famille sera contrainte à l'exil pour sauver sa peau. Elle va quitter Téhéran en Iran pour arriver à Paris en France, pas moins de 5276 kilomètres à parcourir dans des conditions inimaginables. Ce roman fait un focus sur les migrations et le prix payé par les communautés inscrites pour le départ, de quoi nous donner à méditer sur les mouvements de populations qui s'opèrent aujourd'hui et dont les Français ne mesurent, trop souvent, que les conséquences sur le pays d'arrivée, leur pays à eux ! Il touche également du doigt les impacts sur les individus : "Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s'est traduit dans d'autres codes culturels. D'abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n'est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire de la place à ce que nous sommes devenus." P. 54 Le choc des cultures serait sans doute plus facile à surmonter s'il n'y avait cette barrière de la langue : "J'étais confrontée à un monde que je voyais, touchais, mais ne savais pas nommer. Des quantités de mots, des quantités de noms, me manquaient. Fleurs, arbres, oiseaux, reptiles, organes. Des mots que l'on apprend en grandissant dans un pays, que la langue réserve à ceux qui se baignent dedans et dérobe à ceux qui s'y trempent de temps à autre." P. 113 Et puis, en dehors de toute relation avec une quelconque immigration, Négar DJAVADI va donner une dimension contemporaine et occidentale à ce roman avec cette insémination artificielle vécue par la narratrice. C'est alors la condition féminine en passant par l'homosexualité qui va être explorée. Ce roman, je vous l'ai dit, il est dense, mais il est surtout particulièrement réussi. En effet, outre une plume fluide, Négar DJAVADI orchestre cet écrit de façon ingénieuse, à l'image d'un disque vinyle, un 45 tours, avec sa face A et sa face B. Et si elle s'interroge sur la qualité de la face B de son roman, je puis lui assurer que tout comme I will survive de Gloria GAYNOR, Into de Groove de Madonna et Johnny Verso de The Communars, c'est un succès !