Julien Delmaire

Il est grand, il est jeune (né en 1977), il porte des Dreads Locks.

Il s’appelle Julien Delmaire.

Il écrit de la poésie, du slam, pour le théâtre et pour la jeunesse ainsi que des romans.

Georgia en 2013, roman qui lui a valu une invitation au Festival du premier roman de Chambéry. C’est la rencontre entre deux êtres à la dérive : Georgia, toxicomane et Venance, migrant sans papiers. Un amour qui aurait pu être magnifique, qui aurait pu seulement.

Frère des astres en 2016, hommage à Saint Benoît de Labre, patron des SDF, des errants, des perdus. Benoît est un clochard céleste, un vagabond mystique, un marcheur infatigable à qui le lecteur emboite le pas et dont le dépouillement émerveille.

Minuit, Montmartre en 2017. Montmartre dans les années 1909/1914. C’est la vie d’un quartier, des petites rues, des cabarets. On y boit de l’absinthe, on rencontre un allumeur de réverbères, des chats dont le chat Vaillant, des prostituées, on y entend Apollinaire, on évoque Lautrec…

«  Rue Custine, l’averse sembla cesser, puis reprit son doux clapotis à l’angle de la rue du Mont Cenis. Les ailes du Moulin de la Galette tournaient au loin. Les pavés étaient brûlants, la pluie n’y changeait rien. Montmartre flambait d’un feu secret. Les bruits, les senteurs, venaient en roulis poloniser l’espace ; sur l’ardoise des toits, contre les vitres, l’eau chantait la ritournelle des fées impudiques. Les rires éclataient, des baisers juteux comme des mirabelles faisaient taire un instant les bouches, qui bientôt rugissaient de plus belle, se goinfraient de sucre, de vins clairets, de comptines obscènes, jusqu’à s’effondrer comme des arbres sous la hache. Quand Montmartre flambait, les pompiers haussaient les épaules. » Bah, cela ne durera pas toujours, ce n’est qu’un feu de broussailles, de pampres et de mimosas… » Page 72

Dans ce quartier aura lieu la rencontre entre Masseïda, jeune africaine sans logis et Théophile Alexandre Steinlen, peintre de la célèbre affiche du Chat Noir. La jeune femme deviendra son amie, sa confidente, son modèle, son dernier amour.

« Le pinceau courbait les paysages, pliait les chairs. La chevelure de Massa. Noir corbeau. Cordages silencieux. Le front de Massa. Oued paisible. Noix de cajou. Le ventre de Massa. Vésuve clandestin. Terre brûlée. La couleur encadrait la silhouette mais ne l’enfermait pas. Les seins de Massa. Bijoux de la Terre. Ocre sombre. Ebonite. La couleur n’existait plus, pure condensation de l’obscur, elle ruisselait sur la toile comme sur le toit d’une prison ». Page 125

Le dénominateur commun aux trois livres est la mise en lumière par Julien Delmaire de personnages fracassés, démunis, cabossés, mal logés, mal lotis, dans la marge, mais qui sont tous dotés du plus beau des talents : celui du cœur. Ils sont la bonté.

Chantal André
Lectrice, bénévole, animatrice du club de lecture de Lectures Plurielles au Centre pénitentiaire d’Aiton.