Discussions d’Aiton

Au centre pénitentiaire d’Aiton se trouve un comité de lecture du réseau de Lectures Plurielles. En ce moment, ces lecteurs découvrent les romans de la présélection de la 31ème édition, dont certains font débat.

 

Tel le passe-muraille de Marcel Aymé, nous vous proposons de franchir les murs d’Aiton en lisant des extraits de leurs discussions  :

 

A propos du roman Encore vivant de Pierre Souchon

Grégory : j’ai bien aimé ce livre. Est-ce un roman ? A priori, non car il s’agit d’une autobiographie. Certains passages sont magnifiques : en particulier celui où Pierre Souchon s’explique devant un collège de médecins. Il est fort, très fort. Très cohérent.
J’ai été ému par le passage qui relate que sa femme le quitte. Ce livre montre des fractures : entre deux mondes, entre les êtres, entre le dedans et le dehors.

Adrien : je ne suis pas allé au bout. J’ai fait comme Garance, je me suis barré. Il est foncièrement détestable. Il crache sur tout le monde. Pas envie de suivre sa vie. Au début, oui, j’ai eu de l’empathie pour Pierre Souchon. Mais franchement quand sa femme arrive, paniquée et qu’il la descend je n’ai plus eu envie de le côtoyer.

Grégory : je ne suis pas d’accord avec toi. Il n’est pas conscient de sa folie. Sa femme sait qu’il l’a trompée. Elle vient pour avoir des réponses à ses questions. Il m’a ému.

Adrien : certains passages m’ont plu mais vraiment la manière dont il traite sa femme a été pour moi un point d’arrêt.

Grégory : je ne peux pas le condamner. Il a pris conscience de beaucoup de choses. Il comprend même sa femme. C’est un très bon bouquin.

A propos du roman  Je suis un tueur humaniste de David Zaoui :

Grégory : ce qui m’a dérangé c’est qu’il parle de ce qu’il fait à tout le monde.

Robert : il y a de l’action.

Grégory : j’ai compris la réflexion de l’auteur. On peut comprendre que l’on soit poussé à faire du mal. Il ne se reconnaît pas dans ce qu’il fait mais il en parle à tout le monde.

Robert : comme ça ils sont prévenus !!

Grégory : je me dis que je suis un artiste si je tue en voulant faire le bonheur de quelqu’un. Il n’est pas débile. Il se sent comme une victime qui se découvre. Je ne peux pas dire que j’ai aimé et je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé.

Robert : c’est un peu tiré par les cheveux. Le contrat annulé est un soulagement.

 

Photo : Statue de Jean Marais illustrant Le Passe-Muraille, Place Marcel-Aymé, Paris