Critique de Fief de David Lopez (Seuil éditions)

A l’occasion de l’apéro littéraire du 9 novembre, Chantal André, animatrice bénévole du club de lecture du centre pénitentiaire d’Aiton, a lu une critique du roman de David Lopez, Fief que lui avait transmis un des lecteurs. Nous souhaitons la partager avec vous.

(Si vous souhaitez que vos critiques soient présentes sur Alphalire, n’hésitez pas à nous les envoyer à fpr@festivalpremierroman.com)

Fief de David Lopez paru aux éditions du Seuil

Difficile au premier abord de rentrer dans ce roman. La prose est saccadée, incisive ; le vocabulaire semble limité, peut paraître violent, voire grossier : les marqueurs de discours absents ajoutent à une confusion. Mais il faut poursuivre, faire un effort, et, comme une métaphore de la banlieue, on peut enfin y pénétrer et y comprendre quelque chose : mais il faut savoir, et surtout vouloir, se mettre à hauteur, entendre et alors cet univers nous est ouvert…
Et alors le plaisir de découvrir une prose fraîche, un ton résolument nouveau nous enivre. On suit Jonas dans son fief, on l’accompagne dans ses combats, au propre comme au figuré. On rit, souvent. On entend des choses simples, et pourtant incompréhensibles par la plupart des personnes qui ont un avis sur la banlieue, la jeunesse, l’injustice sociale et le gouffre culturel, séparant ces populations. Mais on entend bien que nous sommes après tout de la même espèce, et que nous aspirons finalement tous à la même chose…

J’ai retrouvé dans ce roman deux qualités profondes que j’oserais comparer à deux écrivains consacrés :

-le premier sera Céline, pour la capacité à utiliser le vocabulaire on ne peut plus vivant d’un milieu particulier, et en dégageant des vérités frappantes, des personnages saillants, et une ambiance tellement réelle.

-le second sera Hemingway, pour la capacité de l’auteur à nous faire vivre un combat de boxe de manière absolument viscérale, et comme métaphore d’un combat pour une vie, ou pour tenter d’y trouver un sens. Et il y a là un véritable talent d’écrivain (je déteste la boxe!), notamment dans le parallèle osé mais ô combien réussi entre la scène « chaude » du livre et le déroulé d’un combat jusqu’au KO, ou pas…, voire même avec un parallèle très drôle avec le jardinage et ses « mauvaises herbes »…

Eric