Critique de Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer (L’Observatoire)

Simone du comité de lecture Premier roman AVF de vous propose son avis sur le roman Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer, publié aux éditions de L’Observatoire.
(Si vous souhaitez que vos critiques soient présentes sur Alphalire, n’hésitez pas à nous les envoyer à fpr@festivalpremierroman.com)

 

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

Pendant que Magda (Goebbels, la femme du dignitaire du Reich) vit ses derniers jours à l’abri des bombardements alliés dans un bunker en compagnie de ses six enfants et du cercle restreint des dirigeants nazis, des milliers de rescapés des camps fuient à travers l’Allemagne, le plus souvent victimes de la faim, du froid et de l’épuisement, quand ce n’est pas des derniers assauts de la barbarie.

Parmi eux, une femme qui est parvenue à cacher sa fille, Ava, née dans le camp, se trouve en possession d’un rouleau d’écrits portant témoignage de différentes victimes, dont le propre père de Magda, un juif, qu’elle a renié … le sacrifiant à son ambition démesurée.

C’est donc un récit polyphonique qui retrace avec émotion et réalisme l’apocalypse de cette fin de guerre, les voix et les situations étant présentées en contrepoint : l’atmosphère de « crépuscule des dieux », les rêves d’une Allemagne éternelle (évoquée lors de la scène du concert) fait écho à l’horreur du dernier carnage , lorsque les réfugiés enfermés dans une grange y sont la proie des flammes, de même, la turbulence et les jeux des enfants de Magda, inconscients des dangers, versus, le silence définitif, la solitude et la gravité de la petite Ava …

Le style est à la fois limpide et épique, voire parfois un peu emphatique, (par exemple la scène de la mise à mort des jeunes Goebbels par leur propre mère, véritable Médée moderne) mais le récit est bien construit, présentant une structure équilibrée, où se mêlent habilement la « petite » histoire, histoire individuelle des passions humaines et l’ »Histoire » avec H majuscule.

Un roman puissant, violent et sombre, mais magnifique !

Simone